Image & Territoire

Au vu de son importance sur internet, son utilisation aujourd’hui fréquente dans les évènements culturels et son émergence dans les nouvelles technologies «portables», la vidéo fait parti de ces nouvelles technologies de communication et d’information dont les pratiques sont aujourd'hui courantes pour la majorité de la population. Ancré dans le quotidien des gens, il semble important de prendre ce phénomène en considération. Car cette technologie modifie nos rapports sociaux à travers la communication à distance, et notre rapport aux territoires à travers ces nouveaux paysages urbains et ruraux "numérisés".

La vidéo peut représenter ce trop plein d’images déversé quotidiennement par la télévision, le cinéma, internet... ; mais elle peut être aussi considérée et utilisée comme un véritable outil d'analyse sensible ; et entrer dans une démarche de pédagogie, de recherche, d’expérimentation, de collectes d’informations et d'échanges entre habitants, citoyens, acteurs des territoires et professionnels. Et ainsi s'inscrire dans des objectifs et une dynamique d'information, de sensibilisation ou de compréhension.

Démarche sensible

En étroite collaboration avec acteurs et professionnels, le point de vue et le regard développés dans une démarche sensible apportent un véritable éclaircissement au projet pédagogique ou à l'étude d'un territoire. Car cette démarche s'inscrit à la fois au sein des préoccupations et des problématiques de l'étude, et reste détachée de l'élaboration pratique et concret du projet.

Par son caractère large et ses méthodes pouvant prendre différentes formes plastiques, cette démarche dépasse le cadre du projet. Au côté des statistiques, enquêtes d'opinions, éléments graphiques, cartes, analyses textuelles..., l'Image porte en elle une dimension ouverte aux multiples interprétations. Un film ne peut contenir un seul regard, mais de multiples dans lesquelles le spectateur-concepteur, -habitant, -élève ou -citoyen pourra puiser indéfiniment. Une démarche sensible ne peut donc contenir des éléments directs de conception d'un projet d'aménagement et de construction ou remplir directement des objectifs pédagogiques ; mais peut en être l'ESPRIT, fédérateur, dans lequel l'ensemble des parties prenantes doit pouvoir se reconnaître. Le projet collectif aura d'autant plus d'emprise et de sens si la démarche sensible s'ancre en profondeur dans une large palette d'individus et d'histoires singulières. Il n'existe pas une méthode préétablie, mais une variété, s'adaptant à un contexte et à des personnalités ; et c'est dans un esprit d'ouverture et de disponibilité, qu'un projet collectif pourra exprimer son caractère propre.

Ateliers

Dans l'organisation d'ateliers, l'objectif sera de récolter des regards, des points de vue, des témoignages... dans les limites du projet commun. L'élève ou le participant volontaire devra s'accaparer un thème donné, un lieu de vie, une question de société..., en puisant dans sa propre expérience et sa propre sensibilité. Phase toujours délicate car elle peut faire appel au caractère intime ou pudique de la personne, ou à une expérience ou un sentiment désagréable. A l'opposé, une expression sensible "bavarde" doit pouvoir être canalisée.

Il faudra s'adapter au public : un jeune (enfant/adolescent) est d'avantage dans la spontanéité, et a beaucoup moins de barrières qu'un adulte à révéler une sensibilité (les bases de son développement émotionnel lui étant beaucoup plus proches et accessibles). Et c'est la notion de collectif qu'il faudra d'avantage lui faire prendre conscience pour le recentrer dans une direction commune au groupe. Quant à l'adulte, socialement mature, les objectifs collectifs lui sont beaucoup plus assimilables ; il éprouve plus de difficultés à exprimer un sentiment ou une émotion (protégé dans une "carapace" de vie en société). On se concentrera d'abord sur cette phase introspective qui sera ensuite recadrée dans les objectifs du projet. Dans un projet pédagogique et auprès de jeunes, la démarche sera inverse.

Pour tout public, l'élément primordial à la bonne conduite de cette démarche sensible est de prendre un temps à soi, afin de chercher et laisser venir un sentiment ou une idée profonde : temps de réflexion, de respiration, de retrait ou de contemplation... ; et c'est parfois dans l'engagement du corps sur le terrain, qu'une sensibilité peut se dégager. La pratique de la vidéo peut être utilisée comme finalité plastique ou simple médium ; les disciplines d'expression sont diverses et doivent pouvoir s'adapter à chaque individu : suivre une narration, un fil conducteur, ou fonctionner par suite de "tableaux".

Coexistence avec mon activité de réalisateur

Les questions de société, de pédagogie, d’urbanisme et d’aménagement du territoire structurent et alimentent mon travail car elles me permettent d'aller à la rencontre de populations diverses. Mon travail de réalisation et de création, avec la mise en place progressive d’un langage propre, vient se confronter à des réalités sociales, sociologiques, organisationnelles et politiques. Le médium-vidéo devient un outil d'utilité publique qui me semble important dans une société où l'on peut très vite se faire absorber par une déferlante technologique. Et permettre au citoyen de prendre en main, voire détourner les outils qui l’entourent.

Et ce médium vidéo est là aussi pour rappeler la dimension esthétique de l’architecture, de l’urbanisme, de l’aménagement paysager... trop souvent mise de côté. Aussi utopique soit-il de remettre l’Art, l’Harmonie, les perceptions sensibles et environnementales au coeur des préoccupations du vivre ensemble au même titre que l’ingénierie ou l’étude sociologique, la vidéo peut y participer entant que vecteur contemporain entre la population et l’espace public et démocratique. Cette vidéo à la fois complexe dans son écriture et très accessible dans son utilisation peut permettre d’aborder d’une façon contemporaine des questions d’aujourd’hui ; car notre manière de voir et de vivre ensemble s’est imprégnée de cette image en mouvement, depuis le cinéma jusqu’à son apparition à même notre corps, dans nos technologies portables et la paume de notre main.